—Un, deux, trois, quatre... Oui, c’est bien cela, quatre...

Il releva la tête qu’il avait tenue baissée pendant qu’il avait été plongé dans son mystérieux calcul, secoua ses mèches grises et proféra, du ton d’un juge qui rend une sentence:

—Il y a ici quatre vivants marqués pour devenir, avant un mois, quatre morts!... Deux ont passé cinquante ans, les deux autres sont entre vingt-six et trente... Si l’on désire que je les nomme, je suis prêt.

—Merci, Mikaël, s’empressa de dire l’aubergiste... Nous ne doutons point de ta science des choses cachées, mais nous aimons mieux que tu gardes pour toi ce que tu sais.

—A votre gré, murmura le fou.

Et il regagna la porte, le dos plié, balayant le sol de ses larges mains.

—Avez-vous vu ce nécromant! fit Ronan, quand les pas de l’ex-fossoyeur se furent éloignés.

Il riait, mais sans conviction. Les autres restaient muets, gênés. Les paroles du vieux avaient jeté un grand froid. L’atmosphère de la salle s’était comme imprégnée d’une odeur de tombe, et une même pensée anxieuse hantait tous les fronts. Visiblement chacun songeait: «Si j’étais pourtant un des quatre!...»

—Trinquons! proposa l’aubergiste. Buvons à la mémoire de nos défunts!

Puis, s’adressant à moi: