A quoi la veuve répliquait, selon la coutume:
—A vous de même, quand votre heure sera venue!
La distribution terminée, les femmes se groupèrent sous le porche, les hommes sortirent pour fumer, et le cercueil fut confié à la garde de Notre-Dame et des saints.
La pluie avait cessé. Les pêcheurs, à peine hors de la chapelle, remarquèrent avec une satisfaction évidente que le vent «remontait».
—Féchec-coz, dit quelqu’un, aura du soleil sur son enterrement. Cela lui était bien dû.
—Certes, opinèrent les autres d’une seule voix.
On s’assit sur les marches du calvaire, érigé au levant de l’enclos. Des lambeaux de brume traînaient encore dans le ciel, mais si diaphanes, si légers, pareils à une lessive de fées qu’on eût étendue à sécher au clair de lune. On apercevait, tout au fond de la nuit, une barre grisâtre qui était la mer.
Plus près s’étalait la grève, un chaos de choses indistinctes, un désert de pierres noires, de sables phosphorescents, de brousses mystérieuses reflétées en des eaux funèbres par des lacs couleur d’étain poli. Les îles semblaient d’énormes bêtes échouées, des monstres des anciens âges.
Tout le paysage avait l’aspect d’un cimetière immense, peuplé de formes rigides et spectrales. Au haut d’une crête voisine, le moulin à vent de Kergastel dressait en l’air deux grands bras immobiles, comme dans un geste de stupeur.
Par instants, les pêcheurs secouaient leur pipe en la heurtant contre leur pouce, et faisaient voler de fines étincelles.