Me wél arri noz an taniou,
Sklêrijenn vraz er meneziou...
Voici venir la nuit des feux,
—La grande clarté sur les montagnes.
A Motreff, un soir de juin. J’y étais arrivé dans l’après-midi, sur les quatre heures, après une longue étape à travers le grand pays montueux, sous un ciel variable qui tantôt flamboyait d’un éclat intense, tantôt croulait en averses torrentielles,—un ciel de Bretagne d’été, semi-pluie et semi-soleil.
Des maigres bourgades qui hérissent çà et là de leur clocher grêle les cimes dénudées de la sierra bretonne, Motreff est, je crois bien, celle qui offre l’aspect le plus sauvage et le plus chétif. Quelques masures en pierres de schiste, aux tons de vieilles laves, se pressent misérablement autour d’un cimetière surélevé, formant terrasse, où l’église, parmi les tombes, semble elle-même une tombe plus vaste, enfouie qu’elle est à demi dans le sol et coiffée d’un toit trop lourd, avec des fenêtres basses, à ras de terre, pareilles à des soupiraux. Point de rues, mais d’étroits chemins, ravinés comme des lits de torrents. Devant les seuils, du fumier, des bêtes, des enfants.
Les hommes devaient être aux champs, sans doute à retourner les foins; les femmes devisaient entre elles d’une porte à l’autre, celles-ci tricotant, celles-là filant, leurs grands fuseaux de laine brune couchés dans la poussière à leurs pieds.
Le matin, à Châteauneuf, un ami m’avait prévenu:
—Il n’y a dans Motreff qu’une hôtellerie qui vaille: c’est le presbytère.
Et il m’avait remis une lettre d’introduction auprès du «recteur».
—Le meilleur des hommes, ce vieux prêtre, avait-il ajouté;—un paysan lettré, très naïf de cœur et très fin d’esprit, une âme délicieuse, tu verras...
A l’entrée du bourg, j’étais tombé au beau milieu d’un troupeau de fillettes. C’était l’heure de la sortie de l’école chez les Sœurs. Elles s’en allaient posément, leurs livres sous le bras, vêtues du même accoutrement que leurs grand’mères, ayant, au reste, dans leurs traits de gamines, une étrange gravité d’aïeules.