—Est-ce que l’étranger comprend le breton? demande-t-elle au vicaire.
Je lui réponds moi-même dans sa langue. La conversation s’engage. Son «petit Jozon» va sur ses dix mois. Il est un peu faible des reins. Elle l’a baigné dans les fontaines saintes, à la source de Notre-Dame du Krân, à celle de Notre-Dame de Cléden; mais la faiblesse a persisté. Alors, les «anciens» de chez elle lui ont conseillé de faire faire à l’enfant le tour du feu de saint Pierre par trois fois et de lui frotter ensuite les reins avec une pincée de cendre chaude.
—Mais, en attendant, ne craignez-vous pas qu’il prenne froid?
Ma question l’étonne et presque la scandalise. Est-ce qu’on a jamais vu un enfant, fût-il âgé seulement de quelques heures, prendre froid la «nuit des feux»?
Une vieille qui s’est approchée dit:
—De mon temps, les paralytiques se faisaient transporter jusqu’ici sur une civière, quel que fût l’état du ciel; et il y en avait qui jetaient leurs béquilles dans le brasier, assurés qu’ils n’en auraient plus besoin, tant était grande leur foi en saint Pierre et dans la vertu de son tantad. N’est-ce pas la vérité vraie, ce que j’affirme là au gentilhomme? Parle, Marie-Renée.
La commère dont elle invoque le témoignage a son mot à placer, elle aussi; et celle-là fait signe à d’autres qui en appellent d’autres encore; de sorte que nous avons bientôt devant nous un demi-cercle compact de femmes célébrant sur tous les tons, de leurs voix claires ou chevrotantes, les mérites innombrables, la puissance sans limites de tous les feux en général, du feu de Croaz-Houarn en particulier.
C’est à qui puisera dans sa mémoire les faits les plus surprenants. L’une a vu... l’autre a entendu conter... Et elles s’excitent mutuellement, elles s’exaltent; elles crachent dans les paumes de leurs mains et lèvent les bras au ciel, pour attester la véracité de leurs dires... Le vicaire ne laisse pas de faire une mine assez embarrassée. Ils sont d’une orthodoxie suspecte, tous ces miracles attribués au tantad, et les récits pénétrés qu’en font les paroissiennes de Motreff ressemblent moins aux paraboles évangéliques qu’aux hymnes des Védas en l’honneur d’Agni...
III
—Où est la fille à la guirlande? a crié Pierre Tanguy.