Mais il n'avait pas achevé le premier couplet qu'il s'interrompit. On venait de heurter à la porte.

—Voilà quelqu'un qui arrive à point, pensa-t-il. La solitude est une marâtre. Je commençais à avoir peur de je ne sais quoi.

Ce fut d'une voix joyeuse qu'il cria:

—Entrez!

Il s'attendait à voir paraître la figure connue d'une de ses pratiques habituelles ou encore d'un de ces nomades que, dans la saison des grands froids, il avait coutume d'hospitaliser… Justement le vieux forçat ne s'était pas montré depuis plusieurs mois.

—Gageons que c'est lui! s'exclama Miliau.

Mais non. Ce n'était pas Ar Galéour. L'homme qui passa le seuil était de haute taille, le buste court, les jambes d'une longueur démesurée. Son corps efflanqué flottait dans des vêtements trop larges. Ses os craquaient en marchant, comme prêts à se disjoindre, à s'effondrer en tas.

—Quel est ce particulier bizarre? se demanda le forgeron.

L'homme souleva son feutre, découvrit un visage étrangement maigre, aux yeux caves, au nez camard qu'on eût dit rongé par une lèpre, aux mèches rares et grisonnantes, souillées de boue. Il prononça:

—J'ai entendu que vous travailliez, malgré l'heure tardive et quoique ce soit nuit de Noël. Alors j'ai frappé.