«—J'admets que cela dépende de toi!
«—Oh! alors sois content. Je jure des deux mains.
«—Vivant ou mort, n'est-ce pas?
«Evenn, à cette question, frissonna, comme frôlé d'avance par le coup de faux de l'Ankou. Il prononça néanmoins d'une voix ferme, sur le ton solennel qui convenait à un pareil engagement:
«—Vivant ou mort. Je le jure!
«—C'est bien. Nous sommes quittes, dit Noël. Maintenant que j'ai ton serment, je ne me repens plus du mien.
«Il n'avait pas achevé ces mots que la lanterne qu'ils avaient laissée brûler tout la nuit, suspendue à un des râteliers, s'éteignit brusquement, faute de suif peut-être, peut-être aussi pour une autre raison. La Blanchonne—une vieille jument—se mit à rêver tout haut, en gémissant, oppressée par quelque cauchemar. Et, dans la cour, un coq chanta.
«—C'est le jour, dit Evenn.
«—Le jour des adieux, murmura Noël chez qui succédait au délire un morne apaisement.
«Et il s'approcha de la Blanchonne pour lui passer le licol, car c'était elle, la brave bête, qu'on avait coutume d'atteler au char à bancs, dans les grandes occasions, et qui devait mener le soldat neuf jusqu'à Landerneau. Un rayon de lumière grise commençait à filtrer par l'unique lucarne; tandis qu'Evenn faisait un paquet de ses meilleures hardes et chaussait une paire de bas de laine inusable, tricotés à son intention par Glauda, Noël lissait le poil de la jument, débrouillait sa crinière chenue, teignait d'un peu de noir de fumée ses lourds sabots, inspectait ses fers.