—Pardonnez-moi… Nous avons un vrai temps de purgatoire… Vent et pluie pêle-mêle… Je suis toute trempée. Ma jupe est comme une cloche… J'ai tenu à suivre jusqu'au bout la procession du charnier, et nous avons séjourné longtemps devant la «maison des morts»… J'y ai beaucoup des miens, dans cette pauvre maison, crânes terreux, ossements blanchis… Et voilà: je n'ai plus un fil de sec; l'eau, par instants, tombait du ciel à pleins seaux… Pardonnez-moi. Dans quelques minutes, il n'y paraîtra plus.

A la chaleur du feu, une buée montait de ses vêtements mouillés, l'enveloppant d'une brume lumineuse, en sorte qu'elle avait l'air d'une bonne petite fée, descendue par le trou de la cheminée, dans un nuage.

Elle reprit, après un silence:

—C'est une belle chose, le feu!… J'ai entendu conter ceci, quand j'étais enfant. Il y a des tribus d'oiseaux qui, l'hiver venu, ne consentent point à s'expatrier. Ce sont, je pense, des oiseaux bretons. L'idée seule des climats lointains, mêmes dorés par des soleils éblouissants, leur semble plus mortelle que la mort. La première bise les saisit et les tue, perchés au haut de l'arbre natal. Leurs corps menus tombent à terre, s'y écrasent, ainsi que des fruits mûrs. Mais où de leur vivant ils nichèrent, leurs âmes délicates restent blotties,—et ce sont ces âmes qui, lorsque l'arbre a été débité en bûches, s'évadent de nos foyers en flammes vives, avec un joli bruit de chansons… Au temps où Pêr Corniguellou, mon défunt mari,—Dieu l'ait en sa garde!—me faisait la cour, il avait coutume de fredonner en passant, le soir, près de notre porte:

Du bois qui brûle un oiseau s'envole.

Matic, écoute ce que te dit ton chant…

Il te dit, ce chant, que je t'aime;

Il te dit, que mon cœur aussi brûle,

Qu'il brûle d'amour pour sa douce…

«Ce temps est loin, si loin que c'est presque comme s'il n'avait jamais été.»