Le coup fait, c'étaient, à l'intérieur du manoir, de formidables soûleries. On y conviait—souvent de force—des filles d'alentour, les arrières-nièces de celles que les anciens sires de céans menaient le matin faire visite à la chambre dorée. Margéot présidait ces agapes, avec sa brutale jovialité de reître. Lorsqu'un des compagnons roulait à terre, ivre-mort, il riait d'un énorme rire à faire trembler les poutres; il était heureux! Quant à lui, il buvait douze heures sans désemparer, et se levait de table, les jambes solides, la tête saine. Par exemple, il ne touchait jamais aux femmes. La tradition le dit expressément: ce barbare mourut vierge.

IV

Un soir, un des malandrins de la bande revint blessé, la figure en lambeaux, le corps lardé de coups de poignard. Son sang pleuvait autour de lui en larges gouttes.

Margéot, qui jamais ne paraissait dans ce genre d'expéditions, afin de se ménager une apparence d'honorabilité et d'en pouvoir couvrir ses compères, le cas échéant, Margéot donc fronça le sourcil et demanda durement au misérable près de défaillir:

—Qui est-ce qui t'a mis dans cet état?

L'homme, après avoir craché quelques dents mêlées à quelques caillots, trouva la force de raconter son aventure. Il avait eu vent du passage d'un riche marchand de cochons. Il avait voulu l'arrêter à lui seul, pour ne pas laisser perdre une aussi bonne aubaine. Mais il avait eu affaire à trop forte partie.

—Et le bourgeois? gronda Margéot.

—… Est reparti à toute bride dans la direction de Pontrieux.

—C'est bien. Va te coucher… Hé! Nannik!

Une vieille servante, à la peau rugueuse et plissée comme une écorce de chêne, accourut à l'appel du maître.