Et ils bavardèrent, comme des amoureux aux primes jours.
Marie Galande disait à Siméon:
—Il y a quelque chose en toi qui vous étonne et vous intimide. On n’a pas peur de toi, parce que tu es gentil et bon. Mais on n’ose pas être comme tu ne voudrais pas. Tu imposes. Les premiers jours, je me demandais ce que c’était. Ensuite, j’ai vu: c’est que tu as l’air triste, même quand tu ris. Moi, j’aime ça, la tristesse: je trouve que c’est plus beau que tout, je ne sais pas pourquoi ...
Siméon répondait:
—Ne dis pas cela, petite Marie Galande! N’aime pas la tristesse: elle est un sentiment affreux. Écarte-la de ta pensée, qui est enfantine et charmante. Il y a en toi quelque chose de très joli et d’infiniment précieux: la gaieté! Toi, tu es gaie, même quand tu es triste. Tu as une petite âme légère, chantante et dansante, comme la lumière sur l’eau.
Marie Galande reprenait:
—Aime-moi gaie; et moi, je t’aime triste ...
Et Siméon:
—J’aurai la bonne part. Mais ne t’attriste pas à aimer ma tristesse. Laisse que ta gaieté la dissipe ...
Ainsi alternaient leurs mutuelles louanges.