—Seulement?...

—Seulement, tu es une petite fille, Marie Galande, presque une enfant; et moi, je suis presque vieux. Je pensais t’aimer ... pas de cette façon-là ...

—Et tu m’aimes de cette façon-là?—fit-elle en battant des mains.—C’est dit, c’est dit! Tu ne peux plus dire que non!...

Elle saisit le bras de Siméon. Gaie, elle l’entraîna. Pour éviter le silence où elle savait bien que son ami s’égarerait comme parmi des ombres indéfinies, elle parlait, un peu au hasard.

Elle s’interrompit d’un bavardage et dit avec une moue dépitée:

—Ça me fait de la peine que tu sois triste, après que tu m’as embrassée. Même, je trouve que ce n’est pas très poli.

Elle ne voulut pas lui laisser le temps de répondre, et, de l’embarras où elle le vit, elle se mit à rire gentiment. Elle recommença, pour occuper les trop poignantes minutes, ses vains propos:

—Oui,—disait-elle,—tu es très vieux, très vieux. On ne peut plus compter ton âge, tant tu es vieux! Et Marie Galande est une si petite fille qu’on a envie de l’envoyer à l’école et, si elle n’est pas sage, de lui mettre un bonnet d’âne et un écriteau. N’est-ce pas?

Elle éclata de rire. Elle tirait à elle Siméon pour démontrer qu’elle était forte et pour qu’il sentît, contre son bras, un jeune corps de femme frémissante. Elle s’écria:

—Comme c’est bête, ce qu’on dit! Les baisers valent mieux.