—Non! Nous avons dit demain. Probablement que c’est mieux. Si tout est préparé pour demain, et pas pour aujourd’hui ...

—Mais—objecta Siméon—nous n’avons rien préparé ...

—Oh! pas nous, pas nous!... Il n’y a pas que les gens, qui préparent. S’il n’y avait qu’eux!... S’il n’y avait qu’eux, Siméon, je pense qu’il ne leur arriverait pas de mal ...

—Alors, qui?

—Je ne sais pas ... Les fées et les diables!... Non, demain!

Quand ils se séparèrent, elle prétendit que Siméon lui donnât encore un baiser. Elle y apporta toute sa tendresse fougueuse et gaie. Puis elle se sauva, courut. Siméon la regardait partir et ne point se retourner. Il sentait une belle ivresse le posséder et son cœur battre.

Vers le soir, le souvenir importun de Picrate le hanta. Depuis une semaine bientôt, il négligeait de le rencontrer, craignant des questions pénibles, des colères fâcheuses. Il s’était dit qu’il laisserait Picrate oublier Marie Galande. En outre, il se demandait s’il n’éprouvait pas quelques remords à l’endroit de ce camarade ...

Le souvenir de Picrate le tourmenta. Il se mêla au souvenir de Marie Galande, et de manière à le gâter. Il fut impérieux ensuite ... Et Siméon, son fiacre reconduit, résolut d’aller voir Picrate.

Il n’était pas au petit café de naguère, où ils causaient. Chez lui, de si bonne heure?... Siméon tenta l’aventure. Au fond d’une cour et d’un couloir, il reconnut la porte. A peine eut-il frappé qu’il le regretta: l’idée d’une interminable conversation, gênée de réticences, de mensonges, lui fit horreur. Mais une voix véhémente cria:

—Entrez!... Eh bien! entrez, quoi?...