—Mais non, pas tous!—dit Siméon.—Regarde combien il reste de lots devant toi, et de jolis ... Et le marchand, sois-en sûre, en a bien d’autres en provision. Tu n’imagines pas, petite Marie Galande, quelle infinie réserve de bonheurs il y a dans la vie: c’est innombrable! Il y en a tant que tu en auras beaucoup. Joue encore, tu gagneras.

Elle hocha la tête: elle ne comptait plus sur la faveur du hasard. Siméon regardait s’attrister cette petite fille qui se croyait en présence de sa destinée et qui la consultait.

Au douzième coup, Marie Galande gagna. Son visage s’illumina de joie. Elle cria:

—Bravo! bravo!...

Elle battit des mains et négligea d’abord de s’intéresser à son lot, qu’elle devait choisir entre les plus désirables: la chance lui était venue!...

—Catégorie A,—dit l’auxiliaire du Sort.

Marie Galande hésita. Mais un ingénieux presse-papier lui parut digne de sa préférence. C’était une boule de verre, emplie d’eau et close hermétiquement, où un petit village se voyait: deux ou trois maisons, un arbre, un chien, deux paysans; les paysans, l’un rouge et l’autre bleu, étaient aussi grands que les maisons. Or, pourvu que l’on retournât la boule quelque temps, il suffisait ensuite de la ramener à sa juste position pour qu’une neige abondante et menue se précipitât sur le village, comme sur les véritables villages tombe la neige véritable. Elle couvrait le sol, se posait aux branches de l’arbre, coiffait d’un capuchon les paysans et menaçait d’ensevelir leur chien.

—Brrr!—fit Marie Galande.

Et elle s’étonna de l’invention. Siméon prit part à son jeu.