Siméon rêve ... Siméon se persuade qu’il la revoit, vivante, jeune, qui chante, qui chante à plein gosier «le mouron pour les petits oiseaux». Il ferme les yeux, un instant: c’est assez pour qu’il évoque Marie Galande, son panier d’herbe aux bras, par les faubourgs, dans le soleil qui l’auréole de clarté.

Marie Galande!...

L’homme reprend:

—Elle ne doit pas avoir changé. Elle n’a pas souffert; elle est morte tout de suite, frappée au cœur ...

Siméon s’informe. C’est une grande chose, qu’elle n’ait pas souffert. Est-ce qu’elle n’a pas souffert, vraiment?...

L’homme veut démontrer son dire ... La blessure en témoigne. Et il ne demande qu’à le prouver:

—Voyez plutôt!...

Et il écarte le suaire, à gauche. La gorge apparaît, blanche comme les joues ... Ah! Siméon ne peut y regarder. Pudique, il saisit le coin du suaire et recouvre la poitrine de Marie Galande. Ce corps enfantin, ce corps joli, Marie Galande allait le lui donner. Elle lui en avait promis la volupté, quand tous les deux ils revenaient à la maison, fervents, avec la hâte du désir qui les animait. Siméon se la figure, rose de marcher vite, exaltée de belle ardeur, gentille et qui va donner son corps à qui l’aime ... A présent, tout cela est fini ... Siméon n’aura pas eu cette félicité; il n’aura vu de Marie Galande que son visage et ses mains, comme le premier venu les put voir ...

A l’imaginer dévêtue, Siméon s’épouvante. Il rudoie l’homme; il lui dit:

—Non, non, non!...