IV
LA MORT DU SOUVENIR
Siméon fut appelé chez le commissaire de police: il trouva, quand il revint de la Morgue, la convocation «très urgente» qui, depuis le matin, l’attendait. Il détesta cette corvée.
Le commissaire était un petit homme frétillant, dépourvu de politesse et qui ne disait rien sans avoir l’air préoccupé de soupçons terribles. Ses courtes phrases n’avaient d’autre intérêt que de paraître pleines de perfidies. Il eut une telle manière d’interroger Siméon sur les motifs de son retard que Siméon se crut coupable d’une faute mystérieuse. Il fallut raconter la scène du crime en détail. Siméon n’y put être que médiocre et, comme il n’ajoutait rien au récit des autres témoins, le commissaire en manifesta de l’impatience. Il objecta:
—Vous omettez quelque chose.
Siméon fil un geste vague. Le commissaire reprit:
—Est-ce que vous n’avez pas été blessé, vous-même?... à l’oreille, derrière l’oreille?... Eh bien! mais n’oubliez pas ça, vous savez; c’est important pour vous: ça vous sauve!
Siméon restait ahuri. Le commissaire lui expliqua brièvement que, sauf cette circonstance, la police pouvait avoir contre lui les plus légitimes soupçons,—hé, hé!...