—Vous avez bien quelque idée de l’assassin?
Siméon ne savait pas si l’on se jouait de lui ... N’avait-on pas arrêté Picrate?... «Quelque idée de l’assassin?...» Mais oui! Picrate, sans nul doute! Picrate, par stupide jalousie; l’ignoble Picrate!... Siméon qui, dans tout cela, depuis la veille, ne songeait plus à Picrate, eut l’horreur de cette brute. Une bouffée de haine lui monta du cœur au cerveau. Ah! ce Picrate de malheur, il le livrerait!...
—Vous avez bien quelque idée de l’assassin?
—Non, pas du tout!—répondit Siméon.—Je n’ai rien vu.
Il se demanda pourquoi il faisait ce mensonge, et s’il avait le droit de le faire. N’était-ce pas impie envers Marie Galande, lâchement tuée par le misérable? Mais il se souvint de la sérénité qu’il y avait sur le visage de la petite morte. Non, Marie Galande ne réclamait point d’être vengée. Une autre pensée que celle-là entretenait son extase dernière; un autre rêve, indemne des passions communes.
—Je n’ai rien vu, ni personne. Je ne peux rien vous dire.
Siméon sut que l’on faisait une enquête, que la vieille chez qui Marie Galande demeurait ne pouvait être inquiétée: impotente, elle ne bougeait pas de son fauteuil depuis des mois.
Il devait, quant à lui, se tenir à la disposition de la justice. En outre, voulait-il, puisque Marie Galande était son amie, assumer diverses charges, telles que les frais d’enterrement, de sépulture?... Il devait, en ce cas, prévenir l’administration ...
Siméon remercia. Certes, il lui serait doux d’épargner à Marie Galande l’ignominie des funérailles misérables et, dans la détresse où son activité sombrait, il escompta quelque pieux divertissement à choyer Marie Galande morte, comme naguère, hier encore, il s’ingéniait à lui donner, vivante, toute la joie.
—Quand sera-ce?—fit-il.