Il voulut s’approcher du trou, en vérifier la profondeur. Un croque-mort le heurta, faillit tomber; et Siméon craignit que ne chavirât le cercueil: si le front de Marie Galande se cognait aux planches, si le pauvre petit corps se déplaçait et affectait, pour l’identique éternité, une pose incommode ou laide!...

Siméon redouta cet effet de son intervention maladroite. Il eut soudain le sentiment cruel de son impuissance et, dès lors, assista, sans rébellion vaine, au strict accomplissement des nécessités.

Les cordes, leur glissement sur la maçonnerie, leur glissement sur le cercueil, un peu de terre et des cailloux qui tombent, qui sonnent creux; et puis, la pierre qu’on place sur le trou.

Quand la pierre, grinçant sur les rouleaux, avançait, diminuait l’espace ouvert, allait enclore la nuit du trou sinistre, la gorge de Siméon s’angoissait davantage. Et, quand la pierre s’appuya de ses quatre bords contre le châssis de briques préparé pour la recevoir, la gorge de Siméon s’étrangla; ses yeux se brouillèrent et, dans sa tête, quelque chose bougea.

Le corbillard, les croque-morts, les maçons, le gardien du cimetière partirent, l’œuvre faite. Siméon demeura.

Il lui semblait qu’un effroyable écroulement s’était produit, qu’un désastre illimité avait englouti, autour de ce coin de terre où il se tenait immobile près de Marie Galande invisible, toute l’immensité de l’univers. Il frissonna. Il restait debout au milieu de ce néant pathétique et ne discernait plus rien, même pas la pierre.

Bientôt, elle se dessina dans ses yeux, avec la forme nette et la rigueur géométrique du rectangle; il la sentit pesante. Une rage violente le saisit d’écarter cette pierre, de s’emparer d’elle, de la repousser et d’entrer dans la fosse, pour délivrer Marie Galande, la tirer à lui, la revoir. Son imagination bouleversée fit ce geste. Ses mains frémissaient, et il crut qu’aux parois de la pierre ses ongles s’étaient déchirés.

Alors, les fatalités l’accablèrent; et il fallut toute leur implacable rudesse pour qu’il redevînt docile aux circonstances.

Il fut longtemps à ne pouvoir s’éloigner de cette place.