Et il s’efforça de ne songer plus à Picrate. Il méprisa cette fureur qui l’excitait hors de l’asile en deuil où il avait souci d’enclore sa pensée.

Mais le souvenir de Picrate tenait bon; Siméon ne sut le chasser. Et il fallut, le soir, que Siméon cherchât Picrate, tant devenait impérieux le désir de le tourmenter. Il le guetta sur les huit heures, comme jadis, et il le vit qui rentrait se coucher, probablement ... Il se précipita vers lui:

—Ah! te voilà!—lui cria-t-il.

La tête de Picrate se leva vers Siméon, d’un mouvement brusque et tel que si elle allait tomber en arrière, le cou rompu. Dans les yeux de Picrate, Siméon put apercevoir une épouvante folle de bête traquée, éperdue. Il en éprouva soudain la contagion; et il trembla lui-même en continuant la kyrielle des insultes et des menaces que sa colère proférait:

—Canaille! assassin! tu n’es pas encore en prison? Je vais t’y conduire, moi, misérable!...

Il en dit très long. Mais, à mesure qu’il parlait, sa voix était moins exaltée. Il lui parut bientôt qu’il prononçait des mots de mélodrame et dont le sens lui échappait. Il balbutia.

Picrate prit alors le dessus, habilement.

—Si tu veux que nous discutions,—dit-il,—viens chez moi, plutôt que de faire du scandale dehors.

Il voyait irrésolu l’adversaire. En possession de toute son énergie, il commandait.

—Viens!