Et il se mit en branle, résolument. Il avançait et ne s’occupait pas de savoir si l’autre le suivait. Siméon, d’abord, hésita. Il refusait d’obéir à Picrate et, pour marquer sa révolte, ne trouvait rien que rester coi, stupide. Et puis, il crut que Picrate se sauvait: il eut vite fait de le rattraper. Mais Picrate répétait:

—Viens!

Il le suivit docilement.

Quand ils furent entrés dans la chambre de Picrate, la porte fermée, Siméon s’effraya des quatre murs de ce taudis, qui l’emprisonnaient seul à seul avec le meurtrier de Marie Galande ... Pourquoi n’étranglait-il pas ce meurtrier? Ses doigts, derrière son dos, en firent le geste machinal ...

Dans l’obscurité, Picrate se traînait à la recherche de sa lampe. Il l’alluma. Le décor qui s’éclairait évoqua pour Siméon la scène de ce dernier jour qu’il était venu là, Picrate le chassant avec des cris de haine; il l’entendit encore qui hurlait: «Va-t’en, ou bien je te tuerai!» En lui-même, il ripostait: «Je te tuerai, je te tuerai ... Lequel tuera l’autre?...» Des phrases enragées sonnaient dans son esprit ... L’un tuera l’autre: lequel! Siméon ne décidait pas lequel; mais l’un des deux, cela sans aucun doute! L’idée du meurtre l’envahissait.

«Va-t’en, va-t’en, ou bien je te tuerai!...» Oui; et Picrate, bêtement, avait tué Marie Galande. Erreur, erreur! il avait tué Marie Galande au lieu de lui, Siméon, qu’il devait tuer ... «Va-t’en, ou bien je te tuerai!» Cette phrase, tout à coup, prit une signification nouvelle. Siméon s’aperçut qu’il avait eu le choix: partir ou être tué, et qu’il était parti; or, s’il avait choisi d’être tué, Picrate ne tuait pas Marie Galande. Marie Galande vivrait!... Et Siméon s’émerveilla de l’hypothèse; mais il souffrit amèrement d’avoir été mêlé aux combinaisons louches du Destin, et sa pensée s’agenouilla devant le souvenir de Marie Galande pour lui demander pardon.

Cependant Picrate achevait ses préparatifs.

—Eh bien!—dit-il à Siméon,—parle, à présent.

Cette voix brève et rude rappela Siméon de très loin. Certes, il devait parler, puisqu’il n’était pas venu pour autre chose. Seulement, il ne sut que dire, une seconde, tant il y avait en lui de trouble et de confusion. Mais il lança, presque au hasard: