—Pourquoi l’as-tu tuée?
—Qui ai-je tué?—répliqua Picrate.
C’était trop de cynisme; Picrate abusait. Siméon s’approcha de lui, se pencha vers lui, le regarda aux yeux fixement et lui cria de toutes ses forces:
—Marie Galande!... Marie Galande!... Tu as tué Marie Galande. Voilà qui tu as tué! Marie Galande!...
Picrate se secoua, se débattit comme s’il luttait contre des bras puissants. Mais Siméon négligeait de le toucher. Simplement, la volonté farouche de Siméon le ligotait; il répondit:
—Laisse-moi. Tu es fou!
Mais Siméon, plus impérieux encore, affirma.
—Je te dis que tu as tué Marie Galande. Tu m’entends bien? Marie Galande!... Je t’ai vu.
Picrate se mit à dodeliner de la tête, ridiculement. Ses yeux se fermaient à demi. Son insolence l’abandonnait; et il fut lamentable bientôt, comme une chiffe que le vent maltraite.
Il atteignit une bouteille de rhum, un petit verre et puis, par habitude, un autre; il les emplit et, pour se ragaillardir, vida l’un d’eux.