Il s’efforça de nier encore; seulement, il n’avait pas d’énergie et il articulait à peine cette pauvre jérémiade:
—Non, non ... tu te trompes. Ce n’est pas moi. Je t’assure que ce n’est pas moi. Pourquoi aurais-je fait cela? C’est fou, c’est absurde. Siméon, je t’assure, je te garantis...
Ce mensonge imbécile ne put qu’exciter encore la colère de Siméon qui vociféra:
—Tu l’as tuée, tu l’as tuée; je te répète que tu l’as tuée!
Et, à mesure que s’affaiblissait la voix de Picrate, Siméon criait davantage. Ce fut une grande clameur accusatrice qui étouffait la plainte de Picrate et, par la chambre, soufflait comme un cyclone. Picrate, là-dessous, tremblait ainsi qu’une frêle feuille et oscillait ainsi qu’un arbuste noueux quand ses racines sont à bout de résistance.
—Tu es un menteur! Tu as tué Marie Galande!...
Picrate redouta que les voisins n’entendissent l’effroyable parole. De ses deux mains il battit l’air en signe d’imposer silence, et, de sa voix un peu ressuscitée, il gémit:
—Tais-toi! tais-toi! Je te supplie de te taire ... On va t’entendre: c’est comme si tu me livrais. Tais-toi!
Mais Siméon ne voulait pas se taire, et son exaspération redoublait. Alors Picrate le saisit par les pans de sa jaquette, le tira vers lui, le fit chavirer et le maintint sur le sol, rudement. Siméon se tut et, sans violence, dit: