Et, une autre fois, Siméon lui dit:
—Entre toi et moi, Picrate, entre tes opinions et les miennes, entre ta philosophie et la mienne, c’est-à-dire entre ta conception de la vie et la mienne, il y a cette différence: moi, de mon siège élevé, je regarde les choses de haut en bas; toi, tout proche du sol, tu les regardes de bas en haut.
Sa voix, en prononçant ces paroles, s’adoucissait et s’attendrissait.
A partir de ce jour, ils furent amis.
C’était un doux soir de mars, lumineux et pur, où un peu de tiédeur passait dans l’air léger, où le printemps se pressentait. Et Siméon disait à Picrate:
—Pauvre Picrate terre à terre, je t’enseignerai à considérer les choses et la vie du haut d’un siège élevé.
Picrate fut ému. Très humble, il murmura:
—Mais toi, Siméon, qui possèdes toute sagesse, qu’auras-tu à gagner en ma compagnie?
—Tu me raconteras ce que tu vois sur le sol dont tu es si proche. Tu me raconteras ce que tu sais des gens dont tu frôles les pantalons et les robes. Et moi, j’estimerai s’il faut tenir compte de ces toutes petites choses. Parmi elles, n’y en a-t-il pas de très précieuses que je néglige?... Allons prendre un verre, Picrate, provisoirement.