Sa voix rageuse se perdait à demi dans l’étoffe de sa manche; mais il scandait sa négation de sursauts brefs de tout son corps.

—Ne mens pas! ne mens pas!—commanda Siméon.—Explique-toi, je le veux!

Son ordre était catégorique au point que Picrate dut obéir. Il se dressa, lentement, et ses yeux noyés de larmes parurent offusqués par la lumière. Sa bouche contractée prononçait mal; il geignit plutôt qu’il ne dit:

—Ce n’est pas elle que je voulais tuer ...

—Qui donc?

—Toi!... Oui, c’est toi que je voulais tuer ...

Siméon fut déconcerté par cette excuse inattendue. Il sentit une étrange émotion le gagner, à laquelle se mêlait, sans qu’il comprît pourquoi, de la douceur ... Dans sa tête, les idées vacillaient ... Il s’attendrit ... Picrate, avec inquiétude, épiait sur le visage de Siméon l’effet de ses paroles; et il croyait déjà triompher lorsque Siméon se ravisa:

—Ce n’est pas vrai: tu mens encore!

—Je te défends de m’insulter!—essaya Picrate.

—Tu n’as pas voulu me tuer, mais Marie Galande!—répliqua Siméon. (Il insistait sur chaque syllabe et détaillait avec vigueur son réquisitoire.)—Tu l’as tuée par jalousie, voilà tout. Oui, par dépit plutôt que par amour.