—Si, je l’aimais!—hurla Picrate.—Je l’aimais, je l’aimais! Tu n’as pas le droit de dire que je ne l’aimais pas!...
Siméon s’étonna de cette véhémence passionnée. Il réfléchit et, d’une voix plus indulgente, reprit:
—Oui, tu l’aimais. Je veux bien: mettons que tu l’aimais. C’est un mot vague et dont tu peux, comme les autres, te servir ... Seulement, tu l’aimais à ta façon, qui est celle-ci. Tu as le tempérament et le caractère et la fatuité de ce qu’on appelle homme à femmes, oui, oui! et tu es dépourvu de jambes. Alors, tu t’exaspères. Tu as commis un crime, faute de posséder tous les moyens de séduction dont a besoin l’homme à femmes, pour l’exercice de ses appétits. Va, tu es ridicule surtout!
Picrate se révoltait de l’outrage. Il voulut répondre. Siméon ne le lui permit pas:
—Ah! joli cœur!... Mais laisse-moi ce fatras d’orgueil imbécile. Comme ça, je te plaindrai.
Ils se turent tous deux. Dans le silence, Picrate, obéissant malgré lui, se dépouillait de son orgueil. L’idée que Siméon le plaindrait lui était infiniment chère. A ce dernier espoir de compassion promise il s’accrochait avec assurance ... Il vint à Siméon et lui tendit la main, disant:
—Siméon, plains-moi et pardonne-moi.
Siméon le vit simple désormais, et véridique: il accepta cette main meurtrière.