Et, dans le silence encore ému de ses lamentations stridentes, il jeta ces cris, coup sur coup:
—Voilà pourquoi je l’ai tuée: je l’aimais trop!...
Et puis:
—Ah! Siméon! dis-moi pourquoi on tue parce qu’on aime!
Et puis:
—Pourquoi la haine et l’amour ont-ils pareil effet?
Siméon s’obstinait à ne pas répondre, comme si Picrate ne parlait pas à lui, et seulement proférait, en clameurs farouches, sa désolation. Ainsi éclate en vacarmes vains l’ardeur des nuits d’orage, appels perdus et qui ne font que propager au loin leur frénésie.
Mais Picrate continuait:
—Après que je l’eus tuée, après que je sus qu’elle était morte, j’éprouvai, Siméon, une sorte de joie telle qu’en donne la certitude de posséder une femme ... Ah! quelle femme!... Désirée, convoitée et qui se refusait ... Une sorte de joie voluptueuse et orgueilleuse, comme d’un triomphe des sens, où l’on engage tout son être et qui paraissait impossible!... Tourments, rages cruelles; et puis l’indéfectible certitude!