—Je ne tiens pas à y penser ...—murmura Picrate.

—Penses-y,—insistait Siméon.—De vrais matins initiaux!... C’est comme si la vie s’était baignée aux léthéennes ondes et surgissait, éblouissante de jeunesse, hors des abîmes oubliés. Incipit vita nova...

—Oui, oui,—reprit Picrate;—je me rappelle. C’est dans un tel matin rayonnant que nous apparut cette petite fille, avec le soleil à ses cheveux blonds, Marie Galande!...

—Marie Galande!—répéta Siméon.

—Elle chantait,—continua Picrate.—Ah! l’étonnante chanson de vie nouvelle! Une chanson légère et merveilleuse, toute pleine de bel espoir.

Ils se turent tous deux. A son miroir, Picrate achevait sa toilette, arrangeait ses cheveux, cirait ses moustaches. Il soupira:

—Marie Galande est morte. Je vais au bagne. Toi, que deviendras-tu? J’ai pitié de toi.

Il voulut ranger un peu sa chambre. Ce ne fut pas une besogne compliquée. Ses anneaux brisés, ses lacets et le stock de ses cartes postales, qu’il assembla, firent un tas au fond d’une armoire.

—On ferme!—disait-il.—Cessation de commerce!

Il examina les murs, le lit, le plancher, le décor de son existence passée. Il s’attendrit: