—Que c’est pauvre et laid, tout cela! Pourtant, j’ai vécu, des années nombreuses, entre ces murs.

Il parut hésiter, comme si quelque chose le retenait qu’il avait peine à rompre. Il pleura.

—Siméon, dis-moi pourquoi je pleure. Je n’abandonne rien que d’affreux et de douloureux. Alors, je ne sais pas pourquoi j’ai cette tristesse...

Et puis, il dit encore:

—La clarinette de Schopenhauer était, sans doute, la plus désolante musique. Imagines-tu d’autres musiques pareillement appropriées à l’absurdité de la vie?... Il me semble que je l’entends qui entame des romances gaies, avec des roulades, des trilles et de prétentieux trémolos. N’est-ce pas? C’est un air sautillant, allègre et ridicule, pour accompagner mon départ. La clarinette de Schopenhauer rit et se moque. Ah! Siméon, Siméon, que j’ai envie de rire, moi aussi, de rire et de me moquer!... Seulement, le courage me fait défaut; je n’arrive pas à considérer avec détachement cette petite aventure qui est la mienne! Je pleure sur moi.

—Il est bien naturel, Picrate,—dit Siméon,—que tu pleures sur toi, puisque tu es toi. Mais ta douleur est un peu de la douleur universelle; et tu pleures sur tout au monde, sans le savoir.

Picrate s’essuya les yeux, vérifia que rien ne traînait plus par sa chambre...

—C’est pourtant bien plus vite fait de se tuer!—balbutia-t-il.—J’aurais mieux fait de me tuer, Siméon!...

Il n’attendit pas de réponse, et, gagnant la porte:

—Allons!—dit-il.—Passe le premier.