Siméon sortit. Picrate le suivait. Au moment de fermer la porte derrière lui, Picrate, deux secondes, tergiversa. Puis, il tira la porte violemment et, quand elle battit en se fermant, il gémit; sa plainte dura le même temps que le bruit de la porte dans le couloir.
Dehors, Picrate et Siméon marchèrent l’un près de l’autre. Il bruinait. Au ciel, de grandes nuées s’échevelaient, arrachées par le vent. La tristesse du jour se condensait en humidité froide. Tantôt Picrate se hâtait, comme si le poussait un intense désir; et tantôt il ralentissait l’allure de son chariot, comme si le désir l’abandonnait. Le long du trottoir, les boutiques n’étaient pas encore ouvertes. Seuls, les boulangers étaient à l’ouvrage. Quand on passait devant les soupiraux de leurs caves, on sentait une odeur de pain chaud.
Siméon s’appliquait à marcher ainsi qu’il le fallait pour ne précéder point Picrate. Il ne voulait pas le conduire, mais l’accompagner seulement.
Une crèmerie était de mine engageante. Picrate dit à Siméon:
—Si nous mangions un peu? Cette occasion ne se trouvera plus. Entrons!
Ils s’installèrent. Picrate regardait, autour de lui, les murs blancs, les jarres de lait et les œufs dans leurs corbeilles, la crémière aussi, son tablier blanc, ses fausses manches de toile et ses mains rouges d’être bien lavées. Une impression de confort, de placidité, de calme, lui fut douce et l’étonna.
Un chat paresseux, à peine éveillé, vint et, le dos en voûte, frôla nonchalamment le pied de la table. Picrate laissa pendre sa main; le chat, câlin, s’y caressa.
—Mon pauvre Siméon,—fit Picrate,—c’est la dernière fois que le café au lait nous est à tous les deux versé dans de si proches tasses. J’en ai du chagrin!...
Siméon s’affligeait, à part lui.