—C’est drôle,—reprit Picrate,—que toute ta philosophie t’abandonne depuis que j’y veux céder ... La responsabilité sociale, Siméon?... Tu me prends pour une petite Anglaise qui est victime de Schopenhauer? Tu as peur de ce disciple imprévu que ta désespérance a rencontré?... Siméon, Siméon, du courage!...
A travers les carreaux, Picrate regardait les gens passer, très vite presque tous, de pauvres gens que des besognes matinales réclamaient. Il les voyait comme de très loin. Le spectacle de la vie était pour lui maintenant plus étrange que de coutume. Il assistait à la commençante journée avec détachement.
Il dit à Siméon:
—Ces gens qui passent font, tous les matins, à la même heure, ce même chemin qu’ils font aujourd’hui. A quoi bon? C’est la volonté, n’est-ce pas, qui les tracasse?
—Si tu veux,—répondit Siméon.
—Oui, oui: la volonté. Désir, besoin, souffrance. Comment ne se mettent-ils pas en grève?
—Contre qui?—demanda Siméon.
—En grève,—répliqua Picrate,—en grève contre la volonté!... Moi, je me mets en grève contre la volonté. Je refuse de me mêler à ce complot que fomente, avec le désir et la souffrance, la volonté. Je m’évade. Je tire mon épingle du jeu. Là-bas, il y aura des règlements stupides et d’affreux gardes-chiourme; ils seront les instruments de la volonté; c’est affaire à eux: moi, j’abdique. Je ferai ce qu’ils commanderont. Toute l’infamie retombe sur eux. Moi, je n’y suis pour rien... Qu’ils s’arrangent! Cela n’est pas mon affaire!...
—Schopenhauer t’aurait blâmé,—dit Siméon.
Picrate reprit: