—Mais toi, quand tu te consacrais autrefois à la philologie, est-ce que tu n’étais pas en rébellion contre la volonté? A présent même, quand tu annihiles, à conduire de rue en rue ton fiacre et tes clients de rencontre, ton intelligence, ton rêve et toute l’ardeur de ton individualité, que fais-tu, Siméon, que refuser d’être complice de la volonté?

—Oui,—répondit Siméon,—je me gaspille en pure perte, afin que la volonté n’ait de moi rien qu’elle utilise.

Picrate s’exaltait:

—Réagissons contre la volonté!

Il développa ce thème avec emphase.

—Tu y dépenses trop d’orgueil,—observa Siméon.—Crains d’être dupe et ne sois pas la victime de toi-même pour faire la nique à la volonté. Cette révolte va te coûter cher. Le dédain suffit.

Picrate s’excusait:

—Je ne suis pas de nature dédaigneuse...

Dans leurs tasses, le café au lait fumait et son arôme avait du charme. Picrate n’y fut pas indifférent. Il se chauffait les doigts à la faïence et, les narines ouvertes, il aspirait cette tiédeur bien odorante. Une brioche qu’il trempa dans le café au lait le régala. Cette gourmandise le disposait à capituler.