—Et puis, tu sais,—dit Marie Galande impatientée,—on ne fait rien de mal: faudrait pas avoir l’air ...
Picrate haussa les épaules, avec mépris. Siméon dut apaiser Marie Galande, qui se fâchait. Picrate resta devant le comptoir, comme qui se dépêche et n’a point le cœur à baguenauder. Il trempa ses moustaches dans le bol, se brûla, souffla et but à petits coups rapides. Il régla et sortit, sans bonjour ni bonsoir, l’air farouche et digne à l’excès.
—Il est fou!—décida Marie Galande.
—C’est un pauvre diable,—répondit Siméon,—qui n’a pas eu de chance dans la vie. Il serait volontiers coureur, et il manque de jambes. Qui sait s’il ne t’aime pas? Il a le cœur sensible et le tempérament prompt. Peut-être qu’il pleure, maintenant, par ta faute, tel que je le connais ...
—Vrai?—fit-elle.
Marie Galande et Siméon, tous deux émus de sentiments divers et qu’ils ne songeaient plus à exprimer, se turent. Siméon regardait, dehors, le ciel s’éclaircir et le soleil luire déjà; Marie Galande, avec sa petite cuiller, étendait sur la toile cirée de la table des gouttes de punch en dessins nonchalants. Elle conclut tout haut:
—Il ne serait pas vilain garçon, s’il avait des jambes ...
—Certes!—dit Siméon;—je le crois digne d’être aimé.
—Ça,—répliqua-t-elle,—c’est autre chose. Mais tu penses qu’il pleure à cause de moi?
—C’est possible,—répondit Siméon.