Car il ne pouvait douter du désir de Picrate. Seulement, il aperçut Marie rêveuse et troublée; il redouta qu’elle ne fût inquiète de scrupules trop charitables et de projets qui lui déplurent. Il ajouta très vite:

—Je n’en sais rien; je n’en sais rien du tout ...

Et il sentit que son cœur chavirait. Il voulut parler, pour interrompre ce silence qui l’angoissait; et il dit:

—Au revoir. Allons travailler!...

A peine eut-il prononcé ces mots qu’il les regretta. Il lui sembla que toute la journée sans elle serait longue et affreuse. Mais Marie Galande s’était levée, avait repris son panier, rendu le châle à la cuisinière. Elle partait. Siméon, quand il la quitta, fut touché de sa gentillesse.

—Tu es—lui dit-il sans y songer—une très bonne petite fille.

Ensuite il se désola de cette phrase: Marie n’y verrait-elle pas un encouragement à trop de bonté?... Siméon crut que son cœur se pinçait. Et il épiloguait avec lui-même:

«On cause, on bavarde; on ne sait pas si l’on répond à des paroles énoncées ou bien à des pensées que l’on devine: on embrouille tout ... Et de là vient le malentendu, plus redoutable si les âmes sont plus proches et commencent à causer lorsque les lèvres continuent leur bavardage ...»

Cependant une voix profonde et impérieuse répétait en lui: «Je ne veux pas! Je ne veux pas!...» Une autre ripostait: «Que t’importe? Cette petite fille n’est pas ta maîtresse!...» Une autre riait; une ricanait. Mais une autre encore dominait cette discordance, d’un murmure confus où des mots d’amour balbutiaient; elle tremblait ...