—Je te remercie de n’être pas venu, ce matin.

Siméon sentit affluer le sang à ses joues et à ses tempes.

—Pourquoi?—fit-il.

—A cause de la petite,—répondit Picrate.—Je vois que tu me la laisses: c’est gentil à toi ... Tu sais, je l’adore! Hier, j’ai cru que tu voulais me la prendre. Maintenant, je peux bien te le dire: je t’aurais tué, Siméon, si tu me l’avais prise ... Tu n’as pas besoin de rire: c’est comme ça. Quand je suis toqué d’une femme, il me la faut, à moi!... Mais, puisque tu y renonces ... Tu y renonces, n’est-ce pas?...

Il parlait avec volubilité. Siméon répondit:

—Je n’ai pas à y renoncer. Elle n’est pas à moi, pas plus à moi qu’elle n’était hier à toi. Si elle s’est donnée à toi aujourd’hui ...

—Tu n’y renonces pas?—lança Picrate.

—Je te répète que, si elle s’est donnée à toi aujourd’hui, je n’ai pas à y renoncer, pas plus que tu ne renonces à mes jambes: on renonce à ce qu’on possède. La possèdes-tu?...

—En tout cas, je la posséderai.