—Eh bien! alors, mais alors seulement, tu pourras renoncer à elle. Provisoirement, tu l’espères. Voilà.

—Mais toi?

—Moi, je ne renonce à rien, je te l’ai dit, devant que de posséder rien ... Quant à espérer, non, tout compte fait, non!...

Siméon s’étonna d’avoir ainsi ergoté sur des mots; et il comprit la passion violente qui est au fond de la scolastique. Mais Picrate s’inquiéta d’une telle taquinerie. Et il revint à son propos: il réclamait une réponse nette, tandis que Siméon, par fine méchanceté, s’obstinait à des circonlocutions.

Alors Picrate se mit à geindre, à se lamenter sur son triste sort, à se dire infirme et digne de pitié:—certes, il n’aurait pas attendu de Siméon cette dureté de cœur; Siméon, sans doute, avait beau jeu à rivaliser avec lui, à lui ravir ses amours ... Eh bien! il était las de vivre, s’il ne trouvait même pas en son meilleur ami un peu de commisération ...

—Prends-la!—conclut-il.—Je te l’abandonne; prends-la!

Il dit ces mots d’une si pathétique voix qu’il en fut ému lui-même et fondit en larmes. Il bredouillait des plaintes dans son mouchoir. Bientôt il sanglota. Siméon le voulut consoler. Il y tâcha longtemps en vain. Puis, entre autres choses, il certifia que de Marie Galande il ne se souciait guère ...

—Guère?—mendia Picrate, pleurant toujours.

—Guère; mais oui, guère!—reprit Siméon.