Et il pensait encore:
«... Quoique tu me dégoûtes un peu. Du reste, l’anecdote est cocasse. Ma générosité n’est pas moins absurde que ta prétention. Tu revendiques cette petite fille; moi, je te la donne ... Et elle n’appartient ni à toi ni à moi; nous ne l’avons seulement pas consultée ... Ne se fût-elle pas moquée de nous deux?...»
Le lendemain, Siméon décida qu’il verrait Marie Galande une dernière fois. Il voulait liquider cette aventure; il accordait à son regret la joie d’un adieu sentimental.—«A quoi bon?» se disait-il; et aussi: «Pourquoi pas?...» Il croyait limiter à cette entrevue innocente la permission qu’il avait prise d’être ému, tous ces jours, plus que de raison.
De bonne heure, il partit, afin de rencontrer Marie Galande sans que Picrate le sût. Il remonta la rue par où, d’ordinaire, elle arrivait. Mais ensuite, à droite ou à gauche?... Où demeurait-elle? et d’où venait-elle, le matin, toute rose? Siméon l’ignorait. Il craignit de s’engager dans une direction fausse. Il compta que le chant joyeux l’avertirait, lui signalerait l’approche de Marie Galande. Il attendit, l’oreille aux écoutes, devinant l’éclosion de la voix mélodieuse dans la sérénité matinale de l’air. Il en était, par avance, charmé. Les minutes s’écoulèrent, trop lentes à son gré, et puis trop rapides après que l’heure probable de la belle apparition fut passée. Déjà Siméon n’espérait plus, lorsque le chant se fit entendre, mais sans éclat, presque morne, battant de l’aile lourdement, comme un oiseau mouillé. A la reprise, il parut plus lointain.—Siméon s’en étonna;—toujours plus lointain: Siméon courut après lui ...
Siméon courait et, par instants, s’arrêtait, incertain de sa piste et guettant l’indice intermittent du refrain, que l’espace et les rumeurs de la rue dissipaient.
—Bonjour, petite Marie Galande!—fit Siméon.
Elle eut peur. Elle jeta autour d’elle des regards anxieux.
—Il n’est pas là?—demanda-t-elle, éperdue.
—Qui?... Mais non, personne n’est là que moi ... Pardonne-moi si je t’ai fait peur. Je ne voulais que te dire bonjour ...
—Toi!—dit-elle,—non, je n’ai pas peur de toi ... C’est l’autre, ce Picrate!... J’ai horreur de lui. Je crois qu’il est le diable. Je ne veux plus le voir. Jamais, jamais!... Tu sais qu’il m’aime? Hier, il m’en a raconté, je ne peux pas te dire!... Moi, j’essayais d’être gentille, parce que tu m’avais dit qu’il fallait ...