Maintenant il est mort. Il a enfin trouvé la paix et le calme qu'il désirait et quêtait, durant son dernier été, si frénétiquement.

Ce fut un homme étonnant, et qui jamais ne crut avoir assez bien établi les faits, et qui voulut sans cesse marier aux faits les idées. Il a dépensé à cette tâche presque paradoxale une extraordinaire puissance dialectique, un zèle adroit. Et il souriait; il était charmant, amusant et bon. Il semblait un patriarche de la science, l'héritier des héros spirituels que posséda l'Italie de la Renaissance et dont elle a légué le génie, dans le cours des âges, à quelques échantillons privilégiés de l'âme latine. Et puis, il était doux, affable et sensible. Mais, à présent, le lourd et fin cerveau de Cesare Lombroso se repose.


[JEAN MORÉAS]

Jean Papadiamantopoulos, «que la noble Athène a nourri», les muses de l'Hymette nous l'avaient envoyé, pour qu'il secondât l'effort des muses françaises, au temps où furent un peu fatigués les poètes de notre Parnasse.

Il était de bonne maison grecque, fils de Diamant Papadiamantopoulos, magistrat et ami des lettres, volontiers poète et qui, peu de mois avant de mourir à quatre-vingt-quatorze ans, récitait encore des poèmes entiers de Gœthe; petit-fils de ce Papadiamantopoulos, primat de Patras, qui alla s'enfermer à Missolonghi et mourut noblement; arrière-petit-fils, par sa mère, de l'amiral Tombazis, l'un de ceux à qui les Grecs d'aujourd'hui rendent cet hommage:—«Sans eux, nous servirions encore le Turc!»

Mais, à l'époque où Jean Papadiamantopoulos était un adolescent d'Athènes, il n'y avait point à se signaler comme un héros. Jean Papadiamantopoulos fut élégant et cultiva les belles-lettres. A dix-huit ans, sa fine taille serrée dans une parfaite redingote, une large rose rouge à la boutonnière, il émerveillait ses compagnons d'âge. On admirait la pâleur quasi lunaire de son visage, ses yeux très noirs et pleins de rêve et son air, en somme, byronien.

Il était déjà poète, en français et en grec. Sous la signature de Néanthos, l'Almanach des familles publia l'une de ses œuvres, «la Fille du Nord»; et il paraît que cette fille du Nord était, dans la réalité quotidienne, une chanteuse allemande. Puis d'autres almanachs publièrent d'autres poèmes, qui déploraient la décadence de Bologne et qui chantaient, de façon lamartinienne et imprudente, le cimetière de Gênes. En outre, Jean Papadiamantopoulos traduisait, avec une prédilection singulière, des «scènes mexicaines» de Lucien Biard, de l'Hégésippe Moreau, de l'Arsène Houssaye, et voire «le Bon Dieu» de notre Béranger. Il éditait de petites revues, qui ne duraient pas longtemps.