Du reste, son réalisme se transforma bientôt; ou, plus exactement, il s'épanouit.
Un continuel souci moral s'y manifesta. Et ce ne fut pas une intrusion. Car Rod ne crut jamais que fussent étrangères l'une à l'autre l'éthique et la réalité. En d'autres termes, il crut passionnément que les idées morales étaient aussi concrètes que les faits de l'expérience, et qu'enfin la réalité contenait virtuellement les doctrines. Et il interrogeait la réalité, pour que les doctrines y apparussent.
Peut-être s'est-il trompé là-dessus; mais il garda de tout son cœur cette confiance. Si les doctrines, nées de son rêve, se posaient sur la réalité, il ne sut pas que la réalité n'y était pour rien; ou il ne voulut pas le croire. L'illusion était digne de lui.
Ses premiers romans sont la description de ce qu'il observait avec de bons yeux attentifs. En même temps, il écrivait de subtils et profonds essais de critique, de psychologie et de philosophie. Sa pensée suivait deux courants parallèles. Et puis les deux courants se joignirent heureusement: et l'on eut alors la somme harmonieuse de sa double étude.
La Vie privée et la Seconde vie de Michel Teissier, au confluent de son double effort intellectuel, furent en leur temps les livres que l'inquiète jeunesse lut comme un évangile nouveau ou renouvelé. Ces années-là, Rod apparut comme l'un des directeurs de conscience que souhaitait une époque alarmée.
Et Rod en était effaré. Je me le rappelle entouré d'hommages, fort triste et soucieux. Tandis qu'on le complimentait avec des paroles quasi religieuses, il ne désirait que de s'écarter et d'aller ailleurs songer encore: il se demandait si son évangile était bon, décidément, lorsque divers éloges lui donnaient à penser qu'on l'entendait tout de travers. Il y avait en lui de l'apôtre; mais, cet apôtre, maints scrupules le martyrisaient.
L'époque eut, assez rapidement, d'autres caprices: on la vit tourner ailleurs sa frivolité. Mais on ne vit pas Rod se déprendre de ses tourments; je crois qu'il fut assez content, et comme délivré, de n'avoir plus charge d'âmes: et il continua d'interroger avec angoisse la réalité pleine d'idées.
Toutes les questions que pose l'heure présente, il les a posées dans ses romans, qui ne sont pas des romans à thèses, non, mais des romans à idées. Ces questions, il ne prétendait pas les résoudre; mais il en indiquait au moins les différentes solutions morales. Et il laissait à chacun de choisir.