Il fut la 'dernière expression d'un art expirant.' Il 'résume le style Louis XVI et l'esprit encyclopédique,' et son influence 'n'est sensible chez aucun des poètes de ce siècle.'

Pour E. Faguet[35], c'est un homme de la Pléiade en retard. Il est plus grec que latin. Les petites pièces font songer aux frises, aux groupes légers, sans profondeur, sans vigoureux relief... mais d'un dessin net, d'une précision élégante. Dans les Élégies, on retrouve la rhétorique laborieuse, la fadeur, l'abus de l'esprit, tous défauts du temps. Il a été créateur en fait de style. Les Idylles et les fragments épiques sont d'une nouveauté et d'une fraîcheur merveilleuses. Le principal mérite de cette langue est la qualité du son. Il a le secret des vers 'amis de la mémoire,' comme dit Sainte-Beuve, et c'est 'parce qu'ils sont amis de l'oreille.' En versification, pour la liberté des coupes, il remontait à la Pléiade. L'abus rapproche parfois ses vers de la prose.—C'est un isolé.

Footnote 35: [(return) ]

Le XVIIIe siècle, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, 1890.

Pour Haraszti[36], il n'a imité que les poètes de la décadence grecque, ou même plutôt les imitateurs romains de la poésie alexandrine. 'Il transforme inconsciemment tous ses emprunts selon le goût de son temps.' Le critique voit une trace de l'esprit gaulois dans le sensualisme, c'est-à-dire le caractère érotique de sa poésie. André Chénier a la sentimentalité du XVIIIe siècle. Il ne se défend pas assez de la mignardise. Ses paysages, il va les chercher dans les parcs. Il est le poète de l'art pur. Le critique n'est pas tendre pour Chénier. Il lui reproche son absence d'originalité et son excès d'imitation. Il fait une analyse sévère de sa langue, de sa versification, de ses procédés de style.

Footnote 36: [(return) ]

La poésie d'André Chénier, par Jules Haraszti, professeur à l'école-réale du VIe arrondissement de Buda-Pest; traduit du Hongrois par l'auteur, Paris, Hachette, 1892.

Pour Brunetière[37], André Chénier est un homme de la fin du XVIIIe siècle, admirateur de Buffon et contemporain de Parny. Seulement il se sépare de son époque par ses rares qualités d'artiste.

Footnote 37: [(return) ]

Le XVIIIe siècle, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, 1890.

Pour P. Morillot[38], c'est un grand artiste, un Ronsard moderne, avec plus de goût, plus de science, et l'expérience de Boileau et de Voltaire.

Footnote 38: [(return) ]

André Chénier, par Paul Morillot, Paris, Lecène et Oudin, 1894 (Classiques populaires).

Pour Louis Bertrand[39], c'est un dilettante, avec le sens esthétique plus développé que le sens poétique. Il a le goût du dessin, même de la couleur. C'est un dilettante à qui le don de l'invention a manqué; un humaniste opprimé par ses souvenirs classiques.