— Quoi donc ?…

— Ce qui se passe là-bas.

Et s’abandonnant enfin, la tête contre mon épaule :

— Oh !… si tu savais !… si tu savais !…

Nous étions assis au bord de la route déserte et froide, comme deux vagabonds. Notre maison était là-bas, où peut-être nous ne retournerions plus, et toute la vie s’assombrissait autour de nous comme cette campagne où les volets commençaient de se clore l’un après l’autre sur les lumières entrevues. Nous étions comme deux pauvres au bord de la route, seuls, tout seuls, avec ce souvenir, avec cette hantise, avec cette douleur…

Et, pour la seconde fois sentant venir vers moi l’aveu redoutable, pour la seconde fois aussi je pensais : enfin !… enfin !… J’attendais, tremblant un peu, pressant l’une contre l’autre mes deux mains qui devenaient froides. Et l’aidant, le soutenant déjà, je murmurais aussi douloureusement, aussi secrètement que lui-même :

— Je sais… je sais…

Mais pas plus que le jour où il ne voulut pas assister au déjeuner des Fabréjol, Fabien ne put aller jusqu’au bout de sa confidence. Un moment après seulement, un long moment, ayant repris un peu de calme, il calcula :

— Fardier me répondra par le retour du courrier. Mais la poste est fort irrégulière en ce moment. Je ne pense pas recevoir sa lettre avant jeudi.

Il soupira profondément. Et sans rien ajouter là-dessus, sans plus vouloir qu’on en parlât :