— Ah ! tu es là, dit-il, quand je fus près de lui. Je regardais… Je pensais que… Mais ce ne peut être que pour demain… Ce sera pour demain…

Une seconde encore la petite flamme qu’il portait nous éclaira l’un et l’autre. Elle s’éteignit. Fabien répéta :

— Demain… sûrement.

Et je m’aperçus que je disais comme lui, avec une inquiétude plus douloureuse maintenant que toute son inquiétude :

— Demain… ce sera pour demain…

*
* *

Ce fut un jour très clair, encore doux, qui dorait les toits et les clochers de la ville. Dès son réveil, Fabien demanda :

— Le courrier est-il arrivé ?

Il n’avait pas dormi et s’était seulement assoupi vers le matin. Il se leva cependant de bonne heure et une fois habillé, sans rien vouloir manger, commença de marcher fiévreusement à travers les chambres. Souvent, il s’arrêtait tout indécis, me fixant sans me voir ou fixant le mur devant lui. Je m’effrayais alors de retrouver sur son visage cette pâleur, cette altération, cette souffrance crispée qui le décomposaient dans les premiers jours de notre arrivée en Avignon… Et peu à peu, tandis que je l’observais, tandis que j’entendais sur le carreau sonore le martèlement de son pas, insupportable et régulier, l’angoisse énervée de cette attente me gagnait à mon tour. Cette lettre !… allait-elle venir enfin ?… Je n’y avais plus pensé pendant ces deux jours… — Je croyais bien n’y avoir plus pensé — mais la certitude qui m’était venue là-bas, dans le froid et la nuit, sur la route où nous étions seuls, la certitude qu’après avoir reçu cette lettre, il me dirait tout, il ne pourrait pas ne pas tout me dire, je la retrouvais maintenant, et si violente, si profonde que, pendant ces deux journées, elle avait dû à mon insu ne pas cesser de vivre et de s’accroître au dedans de moi.

Je n’avais pas la préoccupation de savoir ce que contiendrait cette lettre, et je ne me demandais pas : « Quand il l’aura lue, que va-t-il me dire ? » mais seulement : « Combien de temps encore va durer cette attente ?… » Comme la fièvre de Fabien, ma fièvre augmentait avec les heures qui passaient. Trois fois pendant cette matinée, il descendit voir si le facteur n’avait rien déposé dans la petite boîte de tôle, et trois fois je descendis à mon tour. Quand l’un de nous remontait, l’autre l’interrogeait d’un seul mot :