— Rien ?

— Rien !

Nous ne nommions pas cette lettre. Ce que chacun de nous attendait qu’elle lui apportât, aucun de nous n’aurait voulu le dire. Et tout en commandant mal à tous les gestes qui témoignaient de notre impatience, nous nous efforcions de dissimuler les causes profondes de cette impatience, presque puérilement…

— Aujourd’hui, me déclara Fabien vers le début de l’après-midi, je ne sortirai pas. Je sens un peu de fatigue…

Il y avait encore trois courriers avant le soir. C’est par l’un de ceux-là que généralement arrivaient les lettres de Guicharde, et je comprenais bien pourquoi il ne voulait pas s’éloigner de la maison… Cependant, sur ma petite pendule posée au coin de la grande cheminée de marbre gris à volutes et à coquilles, mes yeux commençaient de suivre la marche des aiguilles et de regarder, parmi les chiffres peints en bleu, une heure entre toutes les autres, l’heure déjà si prochaine où je devais aujourd’hui, au musée Calvet, retrouver Philippe Fabréjol…

— Et toi, continuait Fabien, me montrant une fois de plus combien ma présence et mon appui lui étaient nécessaires, sortiras-tu ?… Je voudrais… Cela me ferait plaisir si tu restais avec moi.

Je crois qu’il avait peur d’être tout seul quand arriverait cette lettre, il en avait peur. Ses yeux le disaient. Une fois de plus, je sentais contre moi trembler sa détresse. Et je savais que le moment allait venir, que le moment était venu de lui dire : « Remets-moi tout ton mal. Je le porterai avec toi. » — Mais il y avait ces chiffres sur la petite pendule… il y avait ce chiffre. Et il y avait en moi cette pensée parmi toutes les pensées : « Il va falloir me préparer… il le faut… Je ne puis pas le faire attendre. »

Je me levai. Mais peut-être il était encore trop tôt, et j’allai prendre une autre chaise près de la fenêtre.

— Je puis, dis-je à Fabien, rester avec toi un quart d’heure encore… Ensuite il me faut sortir… absolument… pour quelques achats…

Il demanda :