Et je jugeai nécessaire de répéter, d’affirmer avec plus de force :

— Très contente !

— Je le pense bien, riposta-t-il. Tu serais difficile de ne pas l’être.

Et il recommença d’aller et de venir, tournant sur lui-même, repoussant un meuble, ouvrant bruyamment la porte de la pièce voisine, et tout agité d’un rire contenu et satisfait, qui n’écartait pas ses lèvres, mais ne cessait de faire tressauter sur sa poitrine les revers fripés et tachés du vieux veston qu’il portait dans la maison. Ayant tout dit, il cherchait à présent une manière nouvelle de se soulager de sa joie ; car elle était de cette grosse espèce à quoi les manifestations extérieures sont nécessaires. Il s’arrêta enfin au milieu de la pièce, réfléchit un moment, les deux mains dans ses poches, et tout à coup :

— Vite, dit-il, mets une autre robe. Nous allons faire un bon dîner.

— Oh ! non, suppliai-je, non !… Restons ici…

Mais avant même qu’il eût formulé son « pourquoi ? » étonné, dans l’espace d’une précise et terrible seconde, j’avais vu ce que serait la soirée dans cette chambre, imaginé le tête-à-tête, entendu les moindres paroles : celles de Fabien, se répétant inlassablement, les miennes, celles qu’il me faudrait répondre… Et je me levai brusquement.

— Oui… tu as raison… c’est une excellente idée… Partons vite. Je vais être prête.

Mais mon premier refus, qui l’avait visiblement choqué, continuait de le préoccuper. Il se rapprocha de moi, il me regarda mieux ; et je maudissais cette lampe nue, cette lumière qui, se répandant avec une impitoyable violence, me faisait bien voir son visage dans le convulsif éclat de sa vulgarité heureuse et devait, trop clairement aussi, montrer tout le mien. Il me regarda… et il répéta :

— Pourquoi est-ce que tu as dit non, d’abord ?… Et puis pourquoi as-tu cet air… ce drôle d’air… cet air d’être triste ?… Dans un moment pareil !… C’est ahurissant !…