— Eh bien ! docteur, demanda-t-il, elles sont bonnes, les trouvailles d’aujourd’hui ?

— J’arrive seulement, dit Fabien Gourdon.

Il souffrait dans sa vanité si visiblement qu’il en avait rougi. Cependant son regard, déférent toujours quand il se levait sur mon compagnon, m’enveloppait de cette déférence et il s’y mêlait une espèce d’admiration sincère et presque violente. François, impitoyable, examinait le vieux feutre, les vieilles bottes, le vieux vêtement.

— Bonne chance, dit-il enfin sans s’attarder davantage. Songez, docteur, et le pli se formait à sa bouche ironique, que l’Académie de Privas attend votre mémoire. Ne la faites donc pas languir.

Et sous les petits chênes, quand nous nous fûmes éloignés, il se mit à rire méchamment comme il avait ri déjà sur la place ronde où sont les maisons des chanoines.

— Ah…, disait-il, ce Gourdon !… que de qualités !… Économe, n’est-ce pas, je vous l’avais bien dit, prétentieux et économe, avare peut-être même, le charmant garçon ! Il ne se soigne point pour lui-même, mais pour l’impression qu’il veut produire. Quand il pense n’avoir personne à étonner, il se néglige honteusement. Vous avez pu l’admirer… Le moindre de mes gardes, dans les bois de Valbonne, est mieux tenu que lui… Ah ! qu’il était vexé, qu’il avait raison de l’être et que cela est bien fait ! Vous avez remarqué ses bottes, Alvère… Sûrement, celles-ci ne viennent pas de chez Luscassé, puisque la maison n’est ouverte que depuis dix ans.

Marchant devant moi, de sa canne il frappait les ronces pour les rompre et que je pusse passer ; et il continuait de rire nerveusement. Soudain il se tut, réfléchit un peu, et se retournant :

— Savez-vous, Alvère, me dit-il, je crois bien que le docteur Gourdon est amoureux de vous.

— Amoureux !… dis-je bien étonnée, et pourquoi serait-il amoureux de moi ?

— Parce que je vous aime, déclara François avec une nonchalance insolente.