Nous étions maintenant au pied de quelques ruines qui furent autrefois, sur cette hauteur, un château formidable, et nous nous assîmes à leur ombre, déjà longue devant nous. Une espèce de langueur qui venait du temps orageux et de notre fatigue nous pénétrait, et, les membres abandonnés, nous fermions les yeux à demi, dans l’air pesant où les odeurs mêlées de la menthe et du thym étaient lourdes comme un baume. François était très pâle dans la grande lumière, et je crois bien qu’à ce moment sa maladie le faisait souffrir. Un frisson passait quelquefois sur sa joue maigre ; ses mâchoires se serraient jusqu’à la crispation.
Je le devinais, ou je l’imaginais, triste aujourd’hui jusqu’à l’angoisse, et je dis très doucement :
— François.
Il se tourna, me regarda en silence, puis brusquement :
— Alvère, me demanda-t-il, est-ce que vous n’en avez pas assez de nos sottes rencontres dans la campagne et de nos promenades d’écoliers ?
— Assez ?… répétai-je.
Et je ne pouvais pas le comprendre, car je voyais bien à l’ardeur de ses yeux que cet « assez » ne voulait point exprimer la lassitude.
— Oui, poursuivit-il avec cette impatience, cette espèce d’avidité qui suivaient ses minutes indifférentes, n’aimeriez-vous point, comme moi, que nous puissions nous voir avec plus de tranquillité ?… Voici l’automne, les nuits promptes, et les grandes pluies vont venir… Écoutez, — et sa fiévreuse parole ne me laissait pas le pouvoir de réfléchir, — vous connaissez, sur la place où est l’ormeau, notre vieille maison. Ma grand’mère n’a pas voulu que j’attende sa mort pour en pouvoir disposer : cette maison m’appartient.
— Je sais…
Avec le jour déclinant, les humides odeurs de l’automne commençaient à monter des sous bois, et, dans le ciel, d’un bleu verdâtre et très pur, s’étendaient de paisibles grèves de sable lumineux vers lesquelles nageaient d’autres nuages, d’apparence tourmentée, qui portaient de longues plaies rouges dans leurs masses violettes.