— La bicoque, continuait François, est assez curieuse. Les fenêtres ont encore leurs petits carreaux épais à travers lesquels se déforme le paysage. Vous verrez…

Sa phrase prudente, une seconde, demeura en suspens.

— Vous verrez, au premier, dans la grande salle, la cheminée avec les deux faunes et de petites salamandres ciselées sur chaque pierre. J’ai fait là ma bibliothèque. Ma chambre est à côté. Je suis capricieux. Quelquefois il me semble mieux respirer dans cette maison que dans l’autre, où nous habitons. Alors je viens m’y installer pour huit jours ou davantage. Tout est prêt pour me recevoir…

Il hésitait encore. Puis brusque, tout à coup, et suppliant :

— Vous viendrez, n’est-ce pas ? Dites que vous viendrez, Alvère, dites-le… Ah ! je suis malade, ce soir, malade et triste. Depuis deux mois nos rencontres sont toute ma joie et le mauvais temps bientôt va les empêcher… Vous viendrez pour que je ne sois pas trop malheureux. Ce serait si simple… le soir, parce que dans le jour on pourrait vous voir entrer ; mais le soir, la ville est si sombre… On doit se coucher de bonne heure, chez vous ?

Les grands nuages, au-dessus de nos têtes, continuaient d’étirer leurs formes sanglantes. Je les regardai longuement, et, me levant pour partir :

— … Comment voulez-vous ?…

— Oh ! que vous êtes empruntée ! Y a-t-il donc à vos portes des serrures qui grincent très fort ? Que redoutez-vous ? Vous sortirez et vous pourrez rentrer un peu plus tard sans que personne entende rien. Si vous avez peur, je vous accompagnerai… Vous viendrez… Il faut avoir pitié. Il me semble quelquefois que vous me comprenez bien et cela m’est si doux !… Vous ne savez pas comme je vais les attendre tout le long des journées, ces petits instants du soir que vous voudrez bien me donner ! Vous viendrez… vous viendrez…

Sa véhémence savante, toute mêlée d’ailleurs de sincérités douloureuses, m’étourdissait un peu et il le voyait bien.

— Quel jour ? dites-moi quel jour ?