— Tu vois, me répétait Guicharde, tu vois bien, personne ne songe à ces sottises qui nous avaient, hier, absurdement effrayées.
Maternelle, et me voyant encore accablée, elle s’était mise à me coiffer comme elle faisait dans mon enfance ; les bras abandonnés sur mes genoux, je regardais dans la glace mon visage si pâle et mes yeux toujours effrayés… Or, tandis que Guicharde fixait la dernière épingle, Adélaïde en courant monta nous dire que le docteur Fardier venait d’arriver et que Fabien s’était enfermé avec lui dans son cabinet.
— Sans doute, dit Guicharde que rien n’inquiétait plus, ont-ils à régler certains détails.
Et elle me demanda :
— Quand vas-tu descendre ?
— Je ne veux pas voir Fabien… Je ne veux pas.
Il me fallut pourtant en venir là, car, l’angélus de midi ayant sonné, le docteur Fardier sortit de la maison et presque aussitôt mon mari m’appela… J’hésitais encore. Il répéta mon nom deux fois d’une voix lourde et sans impatience. Alors je descendis et je le trouvai assis devant son bureau comme je l’avais vu la veille ; ses épaules, qui cherchaient l’appui du fauteuil, me parurent plus étroites, et la tête penchait en avant, très pâle et presque pitoyable, avec ses yeux trop ouverts et son regard un peu fixe.
Il chercha plus d’une minute sa première phrase, et puis, ce grand silence entre nous deux le gênant peut-être, il se mit à parler précipitamment.
— D’abord, qu’est-ce que tu as depuis hier ? Je ne comprends rien à ton attitude avec moi. Elle est ridicule. Il m’est arrivé un ennui, un malheur si tu veux, mais à quoi nous autres médecins sommes exposés tous les jours. François Landargues était perdu. Je l’ai bien vu en arrivant. Cependant j’ai fait l’impossible pour le sauver. Fardier me le disait encore tout à l’heure… Il me le disait. Il est venu… C’est tout de même un brave homme. Nous avons parlé longtemps. Alors, voilà… Il me trouve malade, très malade. Tu sais comme j’étais nerveux et surmené depuis bien des jours. Il me faut maintenant du repos, et tout de suite… Fardier me conseille de partir pour Avignon, aujourd’hui même.
— Aujourd’hui !…