— Oui, ce soir… Pourquoi es-tu si singulière, avec cette même figure crispée que tu avais hier quand je suis rentré ?… Je ne veux pas supposer que cette mort te désespère. Alors ?… Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi me regardes-tu comme tu le fais ?… A quoi penses-tu ?
Son buste, par-dessus la table, se tendait vers moi. Une méfiance effrayée se lisait dans ses yeux. Je tournai la tête.
— A rien… Je ne pense à rien… Alors il faut que tu partes ce soir ?…
— Il faut…, répéta-t-il, continuant de m’observer avec inquiétude, il ne faut rien du tout. On me donne un bon conseil… Je le suis.
— C’est bien…
Et dans ma hâte de ne plus être devant lui, je n’ajoutai aucune question.
— Je vais tout préparer.
— Attends encore, dit-il, attends. Je voudrais…
Il hésitait ; il recommençait de baisser la tête. Sa pâleur était effrayante. Une de ses mains pendait à son côté et tout le sang de l’être semblait s’être réfugié dans cette main inerte et rouge dont se gonflaient toutes les veines. Il hésitait… Et de nouveau ses paroles se précipitèrent fébrilement.
— Il faudrait que tu partes avec moi, Alvère. Ainsi tout le monde comprendrait mieux. Tout le monde serait bien sûr que je suis vraiment malade. Je le suis, d’ailleurs… Je le suis. Cette terrible nuit m’a achevé. Alors, je m’en vais… et toi tu m’accompagnes… pour me soigner. Comme cela, tout est naturel, n’est-ce pas ? bien naturel !…