Ma certitude de son crime était plus complète encore que tout à l’heure, quand il m’avait pour la première fois adressé cette demande et je ne pouvais lui faire que la même réponse. Pourquoi donc à ce moment me fallut-il lui dire :
— Peut-être…
Aussitôt, je voulus me reprendre :
— C’est-à-dire…
Mais il n’avait voulu entendre que ce semblant de promesse. Une expression de contentement, la première depuis bien des heures, passa sur son visage.
— Oh !… dit-il, soulagé, ce serait tellement mieux, vois-tu…
Et il ne sut que répéter :
— A cause du monde.
— Tais-toi… ne dis rien… n’explique rien… D’ailleurs…
Mais dès ce moment, toujours un peu hagard, plus apaisé cependant, il parla de mon départ avec assurance. Vainement, je me défendais… et ce n’était pas contre lui. Ce quelque chose d’inconnu, à quoi je cédais enfin, me forçait de me soumettre. Je voulais croire toutefois que j’hésitais encore. J’hésitais en préparant mon propre bagage… J’hésitais en donnant à Guicharde mes instructions… Et je crois bien que tout interdite, il me semblait continuer d’hésiter, alors qu’assise en face de Fabien, dans le wagon où nous étions seuls, je voyais déjà les chemins connus et les arbres familiers glisser et me fuir.