Chayère consentit à nous louer ces chambres, et sut en deux heures les rendre habitables, grâce à quelques meubles qu’il tira de ses réserves. Il y mit un lit Directoire dont la peinture gris s’ornait d’un filet bleu, une table d’acajou assez grande pour que nous y puissions prendre nos repas, une commode faite en Arles, une armoire qui venait d’Aix, des chaises, deux bergères dont la tapisserie crevée laissait échapper un crin noir mêlé de paille. Il accrocha aux fenêtres des rideaux de damas qui, tendus, semblèrent lamés de ciel, tant leur trame avait d’usure et de transparence. Enfin, une femme qu’il m’indiqua put me fournir un peu de linge et une autre de la vaisselle.

Je travaillai la journée entière avec cet homme, afin que, dès le soir, tout fût en état. Fabien rôdait à travers la ville. Il rentra comme le soir allait venir et, sans rien regarder, alla s’asseoir dans un fauteuil près de la fenêtre. Elle était grande ouverte. Une mourante et délicieuse odeur d’automne venait de ce petit jardin si sombre, serré entre de grands murs, où quelques roses achevaient de fleurir. Plus défait et misérable encore que je ne l’avais vu la veille, mais aussi plus aigrement nerveux, Fabien remarqua :

— Cet enclos empoisonne l’humidité et la feuille pourrie. Et le logement doit être assez malsain… Enfin !…

Je murmurai :

— Nous y sommes pour peu de jours.

Il se tut. Un peu plus haut, j’ajoutai :

— N’est-ce pas ?

— Mais je n’en sais rien, dit-il, rien…

Je soupirai peut-être, ou je fis un petit geste. Peut-être aussi j’eus l’imprudence de le regarder. Alors cette irritation, qui devenait peu à peu la forme de sa détresse, le tourna vers moi, méfiant de nouveau, presque haineux :

— Et puis, tais-toi, cria-t-il, ne me pose aucune question. Nous sommes ici. C’est bien. Cela suffit. Ne t’inquiète pas d’autre chose. Je ne veux plus entendre parler de rien. Je te le défends. Pas un mot, tu m’entends… pas une question… Jamais… jamais !… Pas un mot.