Ce fut la seule fois qu’il m’interrogea sur les lettres de Guicharde. Par la suite, s’il en trouvait une dans la boîte et qu’il me la montât, il la jetait sur la table avec quelquefois une indifférence et quelquefois une colère également dédaigneuses, sans jamais plus demander ce que ma sœur pouvait avoir à nous apprendre.
Il repartait aussitôt le repas terminé. Une fois encore, je restais seule. Alors, la pièce mise en ordre, j’allais m’asseoir auprès de la fenêtre. Une angoisse plus violente chaque jour et plus douloureuse m’envahissait, m’absorbait. Et quand j’en revenais, au bout de plus d’une heure, je m’apercevais que, pendant tout ce temps, j’avais rôdé dans les faubourgs et la campagne auprès de Fabien, avec lui, portant ses grands remords et sa grande misère… Et c’est de toute sa lassitude que je me sentais écrasée.
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Huit jours passèrent ainsi, et chacun aggravait la détresse de Fabien et lui creusait un peu le visage. Un matin, en rentrant, il refusa de s’asseoir à table et alla se jeter sur son lit.
— Je n’en puis plus, dit-il. Je vais tomber malade.
C’était la première fois que devant moi il s’abandonnait ainsi. Je voyais bien cependant qu’il ne me permettrait encore de lui poser aucune question. Mais parce qu’il avait soupiré, je soupirai avec lui.
— Tu t’ennuies trop. Ce désœuvrement est une terrible chose.
Déjà redressé, déjà hostile, il cria presque :
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
— Tu pourrais lire.