— Et quoi donc ? Où les prendrais-je, les livres ?
— Chez le marchand… Roumanille a beaucoup de choses.
— Tu es folle. Je ne gagne rien en ce moment, et j’irais dépenser l’argent à acheter des livres !
J’avais déjà fait cette proposition et j’avais toujours reçu la même réponse. Je voyais bien qu’il s’obstinait sombrement à ne rien faire et ne voulait tirer un secours que de ses mornes promenades. Mais pendant ces après-midi solitaires où je ne pouvais m’occuper à rien qu’à le chercher et qu’à le suivre, une âme nouvelle avait dû se former en moi ; ma grande patience aujourd’hui ne se laissait point rebuter par ses rudesses. Et je proposai encore, après être allée dans la cuisine chercher l’eau fraîche et le vin :
— Quelquefois…, aujourd’hui par exemple, veux-tu que je sorte avec toi ?
— Si ça t’amuse…
Il se décidait tout de même à se lever et à prendre sa place devant le repas servi. Il ajouta :
— Et si tu en as le temps.
— Je le trouverai.
— Mais ne pense pas, déclara-t-il en cassant son œuf, que je vais attendre que tu aies tout remis en ordre.